Ça faisait un an que j’attendais un rendez-vous avec un.e psychiatre.
Ici, au Québec, il faut d’abord aller voir un.e médecin (rien que ça, ça peut prendre des semaines), discuter, puis réussir à obtenir une recommandation pour aller voir un.e spécialiste.
Et ensuite, on attend.
3 mois.
Puis 6.
Puis 9.
Puis on appelle pour demander si c’est normal.
"Oui, on vous rappellera bientôt pour un rendez-vous."
Puis quelques mois encore, avant d’avoir, un jour, un appel.
Un simple "On a un rendez-vous demain, à 9h. Je vous conseille de venir, sinon vous repartez sur la liste."
Le lendemain matin, j'étais dans la salle d'attente.
Décembre 2024
Revenons un peu en arrière.
En décembre 2024, il y a plus d’un an maintenant, mon corps m’a lâché.
Je venais de prendre des congés et, jour 2, ça m’a frappée.
Un poids gigantesque sur la poitrine. Des larmes qui coulent à flots. Une impossibilité de me lever, ou de trouver une raison de le faire. Une fatigue totale qui ne m’a pas lâchée pendant plusieurs jours.
J’ai fini par réussir à me rendre dans une clinique sans rendez-vous, un lundi matin, à 7h tapantes.
Je voulais des antidépresseurs. Ou quelque chose pour me sortir de cet état. J’avais honte de me présenter comme ça, mais il me fallait de l’aide.
Je suis tombée sur une médecin absolument incroyable. Elle m’a conseillée, non pas des médicaments, mais qu’on regarde ensemble du côté des problèmes de santé mentale plus “profonds”.
Elle m’a fait remplir des formulaires, des questionnaires ; on a parlé plus d’une heure et demie. Pour elle, il ne s’agissait pas de dépression, et voulait me recommander à un.e psychiatre pour y voir plus clair.
Je suis donc repartie, bredouille, toujours triste, mais avec une voie quelque peu ouverte devant moi.
Je me suis remise sur pied. Et j’ai attendu.
Le fameux rendez-vous
Je n’ai jamais autant stresser avant un rendez-vous médical.
J’avais peur qu’on ne m’écoute pas, qu’on ne me prenne pas au sérieux, qu’on minimise ce que je vivais.
Qu’on me dise que mes symptômes étaient liés à mes hormones, à la fatigue, au stress, au travail. Que je devais me reposer, lever le pied, moins me prendre la tête et apprendre à déconnecter une fois la journée finie. Qu’on me dise de mieux dormir, plus dormir, moins dormir, de mieux manger, de remanger de la viande, de continuer d’être végétarienne mais avec des compléments. Qu’on me demande ce que mon mari en pense, si ma famille me manque, si je peux pas prendre des vacances ou aller au cinéma, si je prends du CBD ou si je bois des tisanes pour mieux dormir.*
*Tous ces exemples sont tirés d’expériences que j’ai vécues dans le passé
Je me suis présentée en avance à la clinique et j’ai attendu sagement, transpirant de stress sur ma petite chaise en plastique.
La psychiatre était très gentille. Elle m’a tout de suite mise à l’aise et est repassée à travers mon épisode dépressif de décembre 2024 pour se remettre à jour avec mon dossier.
Puis elle m’a parlé des résultats des questionnaires que j’avais remplis avec la médecin, puis a complété, en me posant des questions pendant près de deux heures.
C’était exténuant.
Avais-je déjà été triste comme ça avant? Euh oui, sûrement. Ok, quand? Euh, à l’université? Ok, c’était avant ou après cet évènement X que vous avez mentionné plus tôt? Euh, en même temps? Ok, et qu’est-ce que vous faisiez à ce moment-là exactement? Euh, je sais plus?
Déjà me souvenir de mon état de décembre 2024 est compliqué, tellement cette période est floue, mais alors, mes possibles moments dépressifs ou de stress de septembre 2014…
Bref, on a passé toute ma vie en revue.
Et à la fin de notre rencontre, elle m’explique que je présente plusieurs traits de personnalité borderline (ou personnalité limite).
Cool? Qu’est-ce qu’on fait pour aider avec ça?
Eh bien, rien (évidemment). 🥰
Parce que, comme pour beaucoup de troubles mentaux ou de troubles de la personnalité, ils ne se traitent pas. Leurs symptômes se soignent.
C’est une sacrée différence.
Sauf que, moi, je suis trop “fonctionnelle” pour avoir besoin de traitement. Je dois donc juste apprendre à vivre avec mes “passages à vide”, à faire attention lors de mes “périodes maniaques” et à continuer ce que je fais pour gérer.
Ça mange quoi une personnalité limite?
Eh bah, pas mal de choses, mais surtout une bonne partie de mon énergie.
Le trouble de la personnalité borderline/limite, c’est ces beaux petits symptômes :

On a pas besoin de se retrouver dans tous les symptômes pour “avoir” un trouble. - Source : Quebec.ca
Si vous me connaissez, de près ou de loin, et que vous lisez ce texte, vous ferez sûrement de grands hochements de tête en parcourant cette liste, aha.
Moi, bornée? Noooon… mais je peux dire que c’est pas ma faute maintenant 🤗
Mais c’est surtout la deuxième partie de la liste des symptômes qui m’a le plus marquée :

Source : Toujours Quebec.ca
Un beau cocktail, pas vrai?
La médecin a utilisé la même liste que celle que je partage ici pour me présenter les raisons pour lesquelles elle pense que je présente les traits d’une personnalité limite.
On est passé ensemble à travers chaque symptôme, chaque point, pour essayer de les comprendre.
Et en arrivant à “peur d’être abandonné.e et rejeté.e par les autres” et “difficulté à supporter la solitude”, je me suis mise à pleurer.
Aucune solution, mais du “vivre avec”
Après plus d’un an à réfléchir aux questions d’amitié, de solitude, de travail de fond en thérapie, à repasser chacune de mes ruptures amicales, en boucle, dans ma tête, à essayer de comprendre, de mieux faire, est-ce que c’était ça la réponse que je cherchais?
Un trouble psychique?
La psychiatre, une main dans le dos, essayant de m’apaiser, m’a alors expliqué que c’était l’un des symptômes les plus courants de ce type de trouble. Qu’il était très difficile pour les personnes borderline de garder des amitiés, ou d’en faire.
J’ai eu l’impression de perdre pied à nouveau.
Je lui ai demandé, les yeux pleins de larmes et les lèvres tremblantes :
“… Donc ça ne changera jamais? Il n’y a rien à faire?”
“On peut essayer les thérapies de groupe, ça aide beaucoup de personnes à mieux vivre avec ces symptômes, histoire de partager votre histoire avec des personnes qui vivent la même chose. Certaines personnes trouvent que ça allège un peu le sentiment de solitude. Et sinon, on continue la thérapie que vous faites déjà.
-Et pour le vide intérieur?
-Même chose.”
J’étais au plus bas.
Enfin… j’étais à la fois contente d’avoir enfin un retour, une idée de ce qui se passait dans mon petit cerveau abîmé, mais aussi prise par ce sentiment d’impuissance, cette sorte de fatalité, de condamnation à vie.
Je ne sais, honnêtement, toujours pas quoi faire de cette nouvelle.
La psychiatre m’a fait une ordonnance de livres (oui oui, une ordonnance, je trouve ça très drôle) pour me renseigner et en apprendre davantage sur la vie avec un trouble de la personnalité.
J’ai mis ça de côté pour le moment, tout en continuant de naviguer dans mon acceptation de tout ça.
Et depuis, comment ça va?
Eh bien… la vie continue?
J’ai aussi pris beaucoup de temps pour réfléchir à la suite de Chemins Solitaires. J’avais plusieurs textes prévus et j’ai retardé leur publication.
C’est un peu comme si je voulais continuer de publier des énigmes alors que j’avais désormais leur réponse entre les mains.
Je pense que la prochaine étape, qui durera certainement le reste de ma vie, est de mettre des balises autour de ce trouble.
Symptôme? Pas symptôme? Comment savoir?
Car oui, je réalise bien que tout ne peut pas s’expliquer en tamponnant “TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ” sur chacun de mes problèmes, comme pour justifier rapidement et sans effort le moindre petit stress ou tracas que je vis.
Car tous mes problèmes, relationnels ou non, ne sont pas causés par ce trouble, c’est certain.
Mais où commence ma faute, ma responsabilité, et où commence ma personnalité borderline?
Surtout, d’éventuels symptômes ont pu causer des torts indirects. Comment savoir quels comportements ils ont impactés par le passé?
Où s’arrête le trouble et où commence Claire, au fond?
Est-ce que Claire existe sans le trouble, surtout?
C’est comme si j’apprenais maintenant qu’une bactérie vivait dans mon cerveau depuis des années et modifiait les faits et les gestes de mon cerveau, sans le savoir.
Qu’est-ce que je fais avec ça, moi, maintenant?
J’ai pas encore la réponse.
En attendant, j’écris ici.
C’est dur de se confier autant. Je ne peux pas être plus franche et ouverte sur ce qu’il se passe.
J’ai d’ailleurs beaucoup hésité à publier ce texte.
Parce que j’ai peur des stigmates, de savoir que mon entourage proche pourrait lire ça, être inquiet, me demander d’en parler, ne pas comprendre.
Pire, qu’il se dise que je fabule encore (j’ai un historique dans ma famille), que c’est encore n’importe quoi.
Bref, je ne sais pas à quoi m’attendre.
Des ressources existent :
Je me rends bien compte que ces sites sont très vastes mais ils listent autant les lignes d’écoute confidentielles et gratuites, que les services d’aide sociale, psychologique ou psychiatrique.
Merci d’avoir lu jusqu’ici! Vous connaissez quelqu’un qui pourrait aimer ces textes? N’hésitez pas à les partager autour de vous!